Textes 3 (Planck - Schlick) vus les 16 et 23 octobre 2008
L'expression « il y a x » est équivalente à « x est réel » dans la terminologie de la langue française. Mais que représente l'attribution de la réalité à un objet ? La logique et la philosophie, depuis longtemps, considèrent essentiellement que la proposition « x est réel » est profondément différente d'une proposition conférant à x une qualité quelconque, comme « x est dur » . Bref, réalité, existence, ne sont pas des qualités. « Le franc, qui est dans ma poche, est rond » est une phrase de tout autre forme logique que « le franc, qui est dans ma poche, est réel » . Kant l'avait fait remarquer déjà dans sa critique de la preuve dite ontologique de l'existence de Dieu. ( ... )
Or, nous parlons sans cesse de réalité et d'existence dans la vie courante ; il ne doit donc pas être bien difficile de découvrir la signification exacte de ces mots. On a souvent à établir devant les tribunaux qu'un document existe, qu'il est réel ; c'est aussi important pour les parties en cause que l'est pour moi la réalité des francs dans ma poche, opposée à une présence simplement imaginée ou rêvée. Tout le monde sait comment on procède en pareil cas ; certaines manipulations appropriées doivent procurer ou non des impressions au toucher ou à la vue, après lesquelles nous avons l'habitude de conclure : c'est un franc, c'est tel document. Il peut aussi se présenter des circonstances, où nous admettons le témoignage d'autrui ; mais le témoignage d'autrui est lui-même d'ordre verbal, c'est-à-dire acoustique, ou scriptural (optique). Toujours des impressions sensibles constituent l'unique espèce de critère; et, lorsqu'il s'agit des énoncés les plus subtils de la science, c'est encore la même chose. S'il y a des okapis en Afrique, on ne l'établit qu'en observant des animaux de cette catégorie. Encore n'est-il pas nécessaire que l'objet ou le phénomène soit perçu directement lui-même. L'existence d'une planète au delà de Pluton pourrait se déduire médiatement, mais néanmoins avec certitude, des perturbations qu'elle provoque ; moyen aussi scientifique que la perception directe d'un point brillant dans une lunette. Ce que nous savons de l'atome n'a pas d'autre fondement. De même, ce qui se dit de la face arrière de la Lune.
Nous devons insister sur ce fait que l'impression sensible isolée, invoquée pour le contrôle d'une proposition, ne doit pas en général, être considérée en tant qu'isolée, mais qu'il s'agit surtout de régularités, de rapports constants. Ces derniers permettent les véritables contrôles et évitent les illusions ou les hallucinations. Donc, si je considère un objet bien défini par sa description et si j'ajoute qu'il est réel, je veux affirmer une corrélation parfaitement déterminée entre certaines de mes expériences vécues. Ainsi, je vérifie la proposition que j'ai avancée, et par là même, j'établis sa signification. »
M. Schlick, Les énoncés scientifiques et la réalité du monde extérieur, Hermann, 1934, pp. 35-37.
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Levons les yeux vers le ciel étoilé. Nous y apercevons une myriade de points et de disques lumineux qui se meuvent selon des déplacements plus ou moins exactement mesurables et dont nous pouvons aussi mesurer le rayonnement sous le rapport de l'intensité et de la couleur. D'un point de vue positiviste, ces mesures ne représentent pas seulement le fondement de l'astronomie et de l'astrophysique, mais leur seul contenu objectif. Ce que nous imaginons pour comprendre nos mesures est adjonction humaine, invention. Que nous déclarions avec Ptolémée: la terre est le centre immobile de l'univers et le soleil tourne autour d'elle avec toutes les étoiles, ou que nous disions avec Copernic, la terre est un grain de poussière dans le cosmos qui tourne en un jour sur lui-même et en un an autour du soleil, ces deux assertions ne sont, pour le positivisme, que deux manières différentes de formuler des observations. Ces dernières constituent les seules données de fait, et l'unique supériorité de la théorie copernicienne vient de ce qu'elle s'est révélée plus simple et plus facilement utilisable, attendu que, dans le système de Ptolémée, la formulation des lois astronomiques serait d'une bien plus grande complexité. De ce point de vue, nous devons saluer l'œuvre de Copernic non pas comme une découverte révolutionnaire mais comme une invention géniale. Le positivisme ne se soucie pas davantage du bouleversement spirituel provoqué par les travaux de cet astronome et des âpres conflits qu'ils ont suscités que du sentiment de silencieuse vénération que la contemplation du ciel étoilé éveille dans un esprit religieux lorsqu'il prend conscience que chaque étoile de la voie lactée est un soleil analogue au notre, que chaque nébuleuse constitue une nouvelle voie lactée dont la lumière ne nous est parvenue qu'après plusieurs millions d'années. Tandis que la terre et toute l'espèce humaine se réduisent, au sein de cette immensité, à quelque chose de presque imperceptible à force d'insignifiance.
Max Planck, L'image du monde dans la physique moderne, pp. 98-99.




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